25 août 2007
Rêverie
La vie réserve parfois des surprises. Hier encore, rien. Et aujourd'hui, il est là, au creux d'elle. D'ailleurs, sera-t-il ou elle? Il lui tarde de le savoir, pour pouvoir l'appeler par son prénom, le faire ainsi exister. Il lui tarde de le rencontrer, ce petit être, de découvrir ses yeux, ses cheveux, de se reconnaître un peu en lui. Alors, en attendant, elle le rêve. Elle fait sa connaissance, lui offre son sein, veille sur ses nuits. Elle l'habille, l'écoute, l'admire. Elle passe la main dans ses cheveux si doux, dont elle ignore encore la couleur. Elle caresse du bout des doigts une pommette, une fossette, chatouille des petons, compte et recompte ses petits doigts. Elle berce, cajole, console et soigne. Elle entend les gazouillis, les pleurs, les rires, et ce maman tant attendu. Elle accompagne, inquiète mais tellement fière, les premiers pas, et retient, déjà, son vélo qui roule trop vite. Elle prépare son premier cartable, affiche ses dessins sur le mur de la chambre et sur le frigo. Elle organise des goûters d'anniversaire, cuit des gâteaux, confectionne des costumes. Elle se roule dans les bacs à sable et affronte les montagnes russes. Elle attend son retour, derrière la fenêtre, et le console de son premier chagrin d'amour. Elle le voit grandir, quitter le nid et voler de ses propres ailes. Elle découvre avec ses petits-enfants qu'elle sait faire les confitures.
Tout un rêve, toute une vie qui défile, alors qu'elle vient à peine d'apprendre d'existence de cette petite crevette, au plus profond d'elle-même. Alors, elle se jure d'être toujours là pour lui, pour elle, et surtout d'en profiter, toujours plus. C'est décidé, elle vivra centenaire.
Texte : missmarguerite, rédigé à partir de la consigne n°33 de Paroles Plurielles
Peinture : Léon Spilliaert
30 juin 2007
Excusez-moi...
Excusez-moi, c’est une erreur.
Oh et puis non… Non, ne raccrochez pas, c’est bien à vous que je voulais parler. A vous qui avez décidé de dépasser les voitures à l’arrêt devant le passage clouté. A vous qui n’avez pas pensé que si elles étaient arrêtées, c’était sans doute parce qu’un piéton s’avançait. A vous qui rouliez si vite que vous ne m’avez pas vue. A vous qui m’avez donné l’impression, l’espace d’un instant, de voler. L’impression de tout voir et entendre au ralenti : la voiture, le cri des passants sur le trottoir d’en face, les autres conducteurs ouvrant leur portière. Et puis le temps reprenant sa vitesse normale, et moi retombant lourdement sur le sol. Le brouillard enveloppant l’arrivée de la voiture de police et de l’ambulance. Les ambulanciers se penchant vers moi, me posant des questions. Je n’étais pas sûre de les comprendre, je les entendais de si loin…
Je ne me souviens pas de tout, on m’a dit que j’avais perdu connaissance. Je me souviens de l’hôpital, de mes jambes inertes, de ces longues journées de rééducation, de ces nuits blanches passées à ressasser de vieux rêves qui jamais ne se réaliseraient. Je me souviens de ce fauteuil que l’on m’a apporté, de ce refus d’envisager passer ma vie comme ça, de la rage qui m’a envahie et de mon envie de le jeter à travers la fenêtre.
C’est à vous que je dois ce nouvel appartement, totalement à plat, au rez, avec des portes très larges pour que je puisse y passer. A vous aussi l’impossibilité d’aller acheter 3 timbres et un pain par moi-même, à cause de ces marches si peu pratiques. Mais c’est à vous que je dois aussi, indirectement, cette improbable rencontre qui a changé ma deuxième vie.
Texte : missmarguerite. Texte rédigé à partir de la consigne n°48 de Paroles Plurielles



